News > Exposition au "Maska", Vernissage le 2 Juin 2018

2018-05-10 18:54:10

DANS L’ŒIL EMPAILLÉ DU TEMPS

Dans la lignée des travaux néo-taxidermiques de Joël-Peter Witkin, Annette Messager, Damien Hirst, Jan Fabre, Maurizio Cattelan ou Sophie Calle, Jonathan Abbou présente un Bestiaire autour du thème de la naturalisation. Une mise en perspective qui interroge un concept d’animalité dont l’embaumement réanime notre désir d’éternité.

Si le cabinet de curiosités d’Abbou, emprunte à la taxidermie de « mise en scène » initiée au XIXe siècle, la voilà prolongée d’une part érotique qui, faisant appel aux Naïades, déplace et érotise le propos. Ces saynètes élaborées qui mêlent l’humain et la bête, le vivant et l’inerte, le pelage et la peau nue, doivent à un médium argentique dont l’enjeu est de créer une illusion d’intemporalité. Saisis dans la même pellicule puis conjointement figés sur le tirage, la vie et la mort deviennent ici indissociables dans le mouvement arrêté. Après Poséidon amoureux de Méduse la Gorgone, après Léda séduite par un Zeus transformé en cygne, Abbou, brouillant les catégories, teste ses propres légendes ésotériques.

Dans ces compositions baroques et fantasmatiques, la relation au réel consiste ici à dupliquer par la photographie la mort imitant la vie, de reproduire un simulacre. Du réel au mythe, il n’y a qu’un cliché de différence : entre ressemblance et vraisemblance, que croire dans les images présentées ? Cette jeune muse serait-elle de marbre ? Et cette chouette prendra-t-elle son envol ? Du vivant à son imitation, de l’humain à l’animalité, le Bestiaire de Jonathan Abbou résonne comme la commémoration d’une condition ancestrale, cette éternité enfouie qui finit, certains jours, certaines nuits, par regagner la surface de ce que nous continuons d’ignorer de nous-mêmes.

Stéphan Lévy-Kuentz
Avril 2018

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