News > Exposition Jonathan Abbou - Elizabeth Prouvost, Vernissage le 12 Avril 2018

2018-03-27 18:24:56

« Bestiaire, Herbier et autres Bestioles »

JONATHAN J. ABBOU - ELIZABETH PROUVOST

Exposition de photographie

Du 12 Avril au 16 Avril 2018

Galerie G. SPOT, 23 rue des filles du Calvaire, Paris 3ème

Vernissage le Jeudi 12 Avril 2018 à partir de 18 h 00

Cette exposition sur 5 jours présente la vision de deux auteurs-photographe sur un thème commun ; celui de la nature. Pour réaliser ce travail Elizabeth Prouvost et Jonathan Abbou se sont associés avec la GALERIE CHARDON spécialisée en taxidermie. C’est autour de ces animaux empaillés, comme éléments de base à ce travail, que les deux artistes confrontent leurs points de vu créatifs. Utilisant le medium traditionnel de la photographie, il s’agira, par l’image, de redonner une « troisième vie » à ces natures mortes.
Nous serons aussi en présence de l’éditeur BERNARD DUMERCHEZ avec lequel nous réalisons des ouvrages de bibliophilie qui seront présentés pour l’occasion.
Notre invité, l’artiste-photographe FRED CHEMAMA (MIRA) sera présent tout au long de ces 5 jours d’expositions pour proposer au public des animations autour du light painting par un procédé unique, qu’il a conçu lui-même.
Durant ces 5 jours nous aurons aussi de nombreuses animations et invités, dont nous tiendrons informer le public, au jour le jour, du contenu, sur l’évènement Facebook crée pour la circonstance :

https://www.facebook.com/events/172087023423607/

NATURE VS BEAUTÉ PAR JONATHAN ABBOU

Selon de nombreux auteurs, la nature à ceci de particulier qu’elle n’a pas besoin d’art qui l’imiterait pour être belle. Elle est Belle et c’est un fait. Le philosophe Kant nous narre, que rien n’est plus beau que la nature et nous tient pour preuve que si une personne se trouvait en pleine nature et que par le biais d’une supercherie on imiterait le chant d’un oiseau, cette personne trouverait ce chant très beau. Si par la suite on lui dévoilait la supercherie, il changerait radicalement d’avis et ne trouverait plus ce sifflement beau. Il semblerait que les gens soient moins sensibles à l’imitation qu’au réel. Il est certain, que la pensée commune, préfère l’authentique à son plagia. Plagier la nature telle qu’elle n’apporte pas réellement d’intérêt pour l’art, étant donné que l’original surpasse de loin en beauté. Capter la nature telle quelle est une sorte de tentative d’enfermement de celle ci, une fonctionnalité qui permet de la déplacer dans un salon. Il s’agit d’une évocation de cette nature. Au même titre que l’on voyage et que l’on emporte dans son appareil photo la Tour Eiffel ou celle de Pise. Mais alors, sur le chant de l’oiseau et de la supercherie, que s’est il passé ? N’y aurait-il pas une composante autour du mystère qui ferait que
l’on préfère le chant mystérieux de l’oiseau plutôt que le sifflement de l’homme qui l’imiterait. ? Maintenant lorsque cette nature est intériorisée par l’artiste, n’ y a t il pas ce mystère, inhérant à l’homme d’art, lorsque qu’il la représente ? Souvent certaines œuvres peuvent nous apporter beaucoup plus d’émotions, par la part qu’apporte l’auteur dans sa représentation, son interprétation. Lorsqu’un auteur s’imprègne de cette nature, et qui par passage de son filtre

émotionnel, en donne une interprétation, nous pouvons dire qu’il y a une part de phénoménologie qui nous permet d’appréhender partiellement l’âme de l’artiste. A travers cela il y a tout un mystère qui se déroule, qui peu nous amener, nous public à des sensations qui peuvent être plus fortes que la nature elle-même. En témoignent les nombreuses œuvres de Van Gogh, qui nous plonge au cœur de la sensibilité de l’artiste. Le choix du lieu, des formes subjectives, de la couleur etc. fait que la toile nous est réstituée avec toute la beauté que l’artiste y a perçue. Ce travail, bien souvent, nous aide à percevoir cette nature sous un autre angle, et nous la fait paraître sous un jour, pour moi beaucoup plus beau. C’est un peu dans cet esprit d’imprégnation, d’intériorisation et de digestion de cette nature que je vous propose mes dernières séries photographiques.

TEXTE DE STEPHAN LEVY-KUENTZ SUR L’EXPOSITION

DANS L’ŒIL EMPAILLÉ DU TEMPS

Bestiaire, herbiers et autres bestioles
Jonathan John Abbou & Élizabeth Prouvost

Dans la lignée des travaux néo-taxidermiques de Joël-Peter Witkin, Annette Messager, Damien Hirst, Jan Fabre ou Maurizio Cattelan, l’exposition Bestiaire, herbiers et autres bestioles associe les travaux de Jonathan Abbou et d’Elizabeth Prouvost. Autour du thème de la naturalisation, une mise en parallèle qui interroge un concept d’animalité dont l’embaumement réanime notre désir d’éternité.

Si le cabinet de curiosités de Jonathan Abbou, emprunte à la taxidermie de « mise en scène » initiée au XIXe siècle, la voilà prolongée d’une part érotique qui, faisant appel aux Naïades, déplace et érotise le propos. Ces saynètes élaborées qui mêlent l’humain et la bête, le vivant et l’inerte, le pelage et la peau nue, doivent à un médium photographique dont l’enjeu est de créer une illusion d’intemporalité. Saisis dans la même pellicule puis conjointement figés sur le tirage, la vie et la mort deviennent ici indissociables dans le mouvement arrêté. Après Poséidon amoureux de Méduse la Gorgone, après Léda séduite par un Zeus transformé en cygne, Abbou, brouillant les catégories, teste ses propres légendes ésotériques.

La révélation de cet accrochage à double focale prend corps dans l’approche d’Élizabeth Prouvost dont le choix artistique est, à l’inverse, celui de mettre en valeur le détail, sujet incontournable de l’art. Une histoire de l’œil dont la facture du bougé, caractéristique chez la photographe, prenant le contrepied des mythologies d’Abbou, consiste à capter des vérités intemporelles dans le regard vivant-mort du modèle. À l’inverse du safari photo, l’illusion du mouvement réside bien ici dans une utilisation « vivante » de l‘objectif. Si Abbou compose dans l’éloignement baroque et fantasmatique, Prouvost opte pour un minimalisme introspectif qui confine à l’hallucinatoire.

Plan large et net contre plan serré et flou, donc. Par ces deux prismes complémentaires présentés « en dyptique », il ne s’agit déjà plus d’une relation au réel mais à la représentation de ce réel. En reproduisant un simulacre de vie, c’est-à-dire en dupliquant sa représentation empaillée, la photographie pérennise finalement sur la pellicule la mort imitant la vie. Du réel au mythe, il n’y a qu’un cliché de différence. Mais entre ressemblance et vraisemblance, que croire dans les images présentées ? Cette jeune muse est-elle de marbre ? La chouette prendra-t-elle son envol ? L’oeil du fauve est-il vraiment en verre ? Il a l’air si vivant. Va-t-il pivoter et nous regarder ? Du fond de son miroir, tout regard exprime une signification muette. Ensauvagé sous des ciels préhistoriques, son reflet apparaît ici comme une foudre prête à fondre sur nos certitudes mammifères.

Du vivant à son imitation, de l’humain à l’animalité, Bestiaire, herbiers et autres bestioles résonne comme la commémoration d’une condition ancestrale, cette éternité enfouie qui finit, certains jours, certaines nuits, par regagner la surface de ce que nous continuons d’ignorer de nous-mêmes.

Stéphan Lévy-Kuentz
Avril 2018

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