2014 à ... > Femme Fétichisée 3

Le vif du Sujet

Lorsque l’on se penche profondément sur la psychanalyse du fétichisme, il est communément admis pour la plupart des auteurs, qu’il n’existe pas de fétichisme féminin au sens strict.
Non que ce phénomène n’existe pas dans la réalité, mais la genèse des textes psychanalytiques a complètement occulté la femme du champs théorique des perversions.
On s’accorde à dire que l’angoisse de castration, lorsqu’elle est traumatique, et sa manifestation sur l’investissement libidinal d’un objet partiel est spécifiquement masculine.
Il ne s’agira pas ici de faire une revue exhaustive de la littérature sur le fétichisme et nous renverrons le lecteur vers les nombreux ouvrages et textes sur le sujet. Il s’agira simplement, dans ce référentiel, dans ce modèle occidental, d’arriver à un questionnement, et de formuler par combinaison conceptuelle une sorte d’interprétation du fétichisme féminin.
Le questionnement est ; d’une part qu’elle est le parcours psychologique que suit le phénomène fétichiste sur le genre féminin et d’autre part de tenter de savoir s’il n’existe pas un retournement narcissique du phénomène de castration, sur la personne propre, et par la même un investissement du corps de la femme, qui s’érigerait en tant que fétiche.
En d’autre terme et sur le dernier point qui m’intéresse ; est ce que le phénomène de castration, chez la femme, ne se manifesterait-il, en une symbolique qui représenterai, sur sa personne, le phallus, par le biais de vêtement et autres accessoires.
Cette idée, de la personne en tant que « fétiche-phallique-personnifiée » m’est venu, en réalisant des photographies avec des modèles, qui en enfilant des combinaisons (Zentai, Katsuit, masque etc.) disaient changer littéralement de peau. Elle éprouvait un sentiment de puissance, dans cette néantisation de l’identité, qui apportait aussi son lot de jouissance dans la liberté de l’anonymat. Au résultat du tirage, je constatais en une deuxième lecture, outre ce qui est montré d’une personne énigmatique en Katsuit , une sorte de forme globale ; une érection phallique en lieu et place de la personne.. La première lecture de la photo peut faire croire à une « objetisation » (réification) de la femme comme assujetti au plaisir de l’homme de par sa tenue, mais cette « objetisation » est consentie dans la mesure où la personne devient elle même un fétiche avec tous les attribues de puissance dont peut être investi les objets fétichisés.
C’est de là que m’est venue, en observant la femme objet investi de puissance, d’un rapprochement avec le phénomène de la femme voilé. Ce rapprochement risqué s’imposé à mes interrogations. Lorsque j’observe une femme en combinaison latex et lorsque je regarde une femme en burqua, je peux y voir dans les deux cas l’érection d’un phallus. Dans le cas de la femme voilée, là aussi, pour moi, la femme est fétichisée en une symbolique phallique de par sa tenue. Ici, il y a deux phénomènes ambivalent ; d’une part il y a néantisation de l’identité et dans un même mouvement il y affirmation sociale de l’identité culturelle de par la burqua (nous nous plaçons ici dans un contexte occidental c.a.d c’est la femme qui revendique la Burqua) . Si dans le premier cas le but finale de cette fétichisation étant le plaisir sexuel, avec toute sa scénarisation factice, dans le deuxième cas cette fétichisation est d’ordre religieux, spirituel, la femme étant la garante de la religion de part son pouvoir d’engendrement.
Mais revenons brièvement au texte freudien sur le sujet du stade phallique, pour mieux saisir le cheminement qui s’est opéré pour en arriver à ces similarités dans des mondes en apparences totalement opposés. Freud, et à sa suite tous ses rejetons admettent une indifférenciation de perception fantasmatique chez le petit garçon et chez la petite fille. Il n’y a pas encore à ce stade de reconnaissance précise du genre « à ce stade de l’organisation génitale infantile, il y a bien un masculin, mais pas de féminin ; l’alternative est : organe génital male ou organe chatré… »Le phallus revêt une importance fantasmatique égale pour les deux genres. Or, comme on peut le constater, il y a déjà négation du génital féminin. La question se pose dans ce cas de savoir s’il n’existerai pas un traumatisme chez la petite fille, lié à la néantisation du sexe féminin, une sorte de « complexe du membre fantôme », complexe que s’il devenait pathologique, s’exprimerai par la suite en une tentative de réhabilitation phallique sur le corps propre (Zentai, katsuit, burqua). Est ce que dans l’angoisse de castration au féminin, « le rien à perdre », ne se jouerai pas en une recherche du phallus, une symbolisation du phénomène, personnifiée, « anonymisée ». Cette néantisation chercherai une expression et une conjuration par la liberté de l’anonymat tout en affirmant une identité, puissante dans les deux cas.

Cette démarche photographique, ne prétend en aucun cas donner des affirmations, mais simplement poser des hypothèses de travail.

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