2014 à ... > Le Chien, le Lapin, et le Chasseur par Napoléon Bonaparte, 1769, version II

Le Chien, le Lapin, et le Chasseur

César, chien d’arrêt renommé,
Mais trop enflé de son mérite,
Tenait arrêté dans son gîte
Un malheureux lapin de peur inanimé.
Rends-toi, lui cria-t-il d’une voix de tonnerre,
Qui fit au loin trembler les peuplades des bois.
Je suis César, connu par ses exploits,
Et dont le nom remplit toute la terre.
A ce grand nom, Jeannot lapin
Recommandant à Dieu son âme pénitente
Demande d’une voix tremblante :
Très sérénissime mâtin,
Si je me rends, quel sera mon destin ?
— Tu mourras.—Je mourrai ! dit la bête innocente,
Et si je fuis ?—Ton trépas est certain.
— Quoi ! reprit l’animal qui se nourrit de thym,
Des deux côtés je dois perdre la vie ?
Que votre illustre seigneurie
Veuille me pardonner, puisqu’il faut mourir,
Si j’ose tenter de m’enfuir.
— Il dit et fuit, en héros de garenne.
Caton l’aurait blâmé : Je dis qu’il n’eut pas tort,
Car le chasseur le voit à peine
Qu’il l’ajuste, le tire,… et le chien tombe mort !
Que dirait de ceci notre bon La Fontaine ?
Aide-toi, le ciel t’aidera.
J’approuve fort cette morale-là.

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