2014 à ... > L’ENFER (extrait), Chant XVIII, Cercle 8, 1er Bolge, Ruffians (proxénète), DANTE, DIVINE COMÉDIE

(…) Ici et là, sur le rocher brunâtre, 
je vis des démons cornus avec de grands fouets, 
qui les frappaient cruellement par derrière. 
Ah comme ils les faisaient se lever les talons 
dès les premiers coups ! Aucun 
n’attendait les seconds ni les troisièmes. 
Pendant que j’allais, mon regard affronta 
celui de l’un d’eux ; aussitôt je dis : 
« Celui-ci je l’ai déjà vu. »
Je m’arrêtai pour le dévisager ; 
et mon doux maître s’arrêta avec moi, 
et consentit à ce que je retourne un peu en arrière. 
Et ce flagellé crut se cacher 
en baissant le visage ; mais cela lui servit peu, 
car je dis : « O toi qui jette les yeux à terre,
si tes traits ne mentent pas, 
tu es Venedico Caccianemico. 
Mais qu’est-ce qui te mène à de si cuisantes sauces ? ». 
Et lui à moi : « Je le dis mal volontiers ; 
mais m’y force ton parler clair, 
qui me fait souvenir du monde ancien.
Je fus celui qui conduisit Ghisolabella 
à faire la volonté du marquis, 
quelque soit le récit de cette honteuse histoire. 
Et je ne suis pas seul à pleurer Bologne ; 
ce lieu en est si plein, 
qu’ils sont moins nombreux à apprendre
à dire “sipa” entre la Savène et le Reno ; 
et si de cela tu veux foi ou témoignage, 
rappelle-toi notre cœur avare. »
Comme il parlait, un démon le frappa 
de son fouet, et dit : « Ouste, 
ruffian ! Il n’y a pas ici de femmes à tromper. » (…)

Et aussi...